Le crépuscule d’un anachronisme colonial : L’agonie du système CFA
Le débat sur la libération monétaire de l’Afrique de l’Ouest et Centrale a franchi une étape décisive. En juillet 2026, le Franc CFA n’est plus seulement contesté par les économistes hétérodoxes et les militants panafricains dans les rues ; il est traité par les décideurs politiques comme un obstacle systémique à la survie économique des nations. Cet outil, créé en 1945 par la France coloniale pour maintenir son hégémonie sur les ressources de ses colonies, apparaît aujourd’hui pour ce qu’il a toujours été : un mécanisme d’extraction de valeur et de répression financière qui interdit toute politique d’industrialisation sérieuse.
Les arguments techniques en faveur du démantèlement de ce système sont désormais irréfutables. La parité fixe avec l’euro, si souvent vantée par les défenseurs de la Françafrique pour sa prétendue vertu de « stabilité inflationniste », agit en réalité comme un corset d’austérité permanent. En arrimant des économies en développement à une monnaie forte conçue pour une puissance industrielle européenne, le Franc CFA surévalue artificiellement les taux de change réels, pénalisant lourdement les exportations africaines et favorisant l’importation de produits de consommation finis. Ce mécanisme détruit le tissu productif local et maintient les États africains dans un rôle de fournisseurs de matières premières brutes. De plus, l’obligation historique de dépôt d’une partie des réserves de change auprès du Trésor public français constitue une anomalie juridique qui prive le continent de précieux capitaux nécessaires au financement des infrastructures.
La rupture initiée par la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) sert de catalyseur à l’ensemble du continent. En engageant la création d’une monnaie sahélienne souveraine adossée à des actifs réels – notamment l’or, l’uranium et le lithium –, le Mali, le Burkina Faso et le Niger démontrent qu’il est techniquement possible de s’affranchir de la tutelle de Paris sans provoquer l’apocalypse financière prophétisée par les institutions de Bretton Woods. Cette audace monétaire force les autres blocs régionaux, notamment la CEDEAO résiduelle et la CEMAC, à accélérer leurs propres réformes sous peine de voir leurs populations exiger des ruptures unilatérales.

La transition vers les monnaies nationales et régionales adossées aux ressources réelles
La question n’est plus de savoir si le Franc CFA doit disparaître, mais par quoi le remplacer pour garantir la stabilité macroéconomique et la prospérité des peuples. Deux visions de la souveraineté monétaire s’affrontent en 2026. D’un côté, les partisans d’une transition modérée plaident pour la mise en place de monnaies régionales gérées par des banques centrales indépendantes mais conservant des paniers de devises internationaux. De l’autre, la ligne souverainiste dure, portée par l’AES et les économistes panafricains, prône la création de monnaies strictement nationales ou confédérales, directement connectées à la valeur des ressources naturelles stratégiques du sous-sol.
Cette seconde approche gagne du terrain car elle permet de briser la spéculation financière internationale. En ancrant la valeur de la monnaie sur les réserves d’or physique détenues dans les coffres des banques centrales nationales et sur la capacité de production énergétique, les États africains se dotent d’instruments monétaires d’une stabilité remarquable, insensibles aux manipulations des agences de notation occidentales. La monnaie redevient ainsi ce qu’elle aurait dû rester : un instrument de politique économique au service de la production locale, du plein emploi et de la redistribution des richesses, mettant fin à quatre-vingts ans de servitude monétaire planifiée.

