Par la Rédaction d’AFRICANOVA.INFO Publié le 19 février 2026
I. Le compte à rebours de la souveraineté : 2027 en ligne de mire
En ce 19 février 2026, l’ambiance dans les couloirs du siège de la CEDEAO à Abuja est à la fois électrique et solennelle. Le projet de monnaie unique, l’Eco, n’est plus une simple chimère technocratique ou une promesse électorale lointaine. C’est un chantier titanesque qui entre dans sa phase critique. À moins de dix-huit mois de l’échéance fixée à 2027, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, les deux moteurs de l’actuelle zone Franc (UEMOA), se retrouvent au centre d’un échiquier géopolitique où chaque décision aura des conséquences sur le pouvoir d’achat de plus de 400 millions de citoyens.
L’article d’aujourd’hui décortique les mécanismes de cette transition. Est-ce la fin d’une ère de stabilité importée pour une ère de volatilité souveraine ? Ou est-ce enfin le décollage économique tant attendu d’une Afrique de l’Ouest intégrée ?
II. Le paradoxe de la convergence : Le Nigeria face au bloc UEMOA
Le principal obstacle à l’Eco reste le respect des critères de convergence macroéconomique. Pour qu’une monnaie unique fonctionne, les économies doivent respirer au même rythme. Or, en 2026, le fossé demeure.
- L’inflation : Alors que la zone UEMOA (Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, etc.) maintient une inflation contenue autour de 3% grâce à l’héritage de la discipline de la BCEAO, le Nigeria lutte encore avec une inflation à deux chiffres, malgré une légère embellie de son secteur pétrolier.
- Le déficit budgétaire : Le Ghana, bien que moteur numérique de la région, peine à ramener son déficit sous la barre des 3% du PIB exigée par le pacte de stabilité.
La question qui brûle les lèvres des analystes de The Economist et de Financial Times est simple : l’Eco peut-il naître sans le Nigeria, qui représente 60% du PIB de la zone ? Ou faut-il lancer un « Eco restreint » avec les pays les plus vertueux, au risque de créer une intégration à deux vitesses ?

III. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire : Les gardiens du temple
Dakar et Abidjan jouent une partition serrée. Le Président sénégalais, fort des premières recettes gazières de 2026, pousse pour une monnaie qui reflète la nouvelle puissance extractive du pays. De son côté, Alassane Ouattara, garant d’une orthodoxie financière rigoureuse, insiste sur la nécessité d’une transition sans rupture brutale avec les partenaires internationaux.
La transition vers l’Eco implique la fin du dépôt des réserves de change auprès du Trésor français, un symbole fort de décolonisation économique. Mais cette liberté nouvelle impose une responsabilité immense : la gestion des réserves devra être irréprochable pour éviter les attaques spéculatives des marchés mondiaux. La Bonne Gouvernance des futures institutions monétaires sera le rempart contre la dévaluation.
IV. Le défi technique : Digitalisation et inclusion financière
En 2026, l’Eco ne sera pas seulement une monnaie fiduciaire (billets et pièces). La Commission de la CEDEAO travaille sur l’Eco-Digital, une monnaie numérique de banque centrale (MNBC).
- L’objectif : Réduire les coûts de transaction transfrontaliers qui freinent aujourd’hui le commerce intra-africain.
- La Tech au service de l’économie : Grâce à l’interopérabilité des systèmes de paiement mobile (Mobile Money), un commerçant de Lagos pourra payer son fournisseur à Dakar instantanément en Eco, sans passer par le Dollar ou l’Euro.

C’est ici que le Digital et la Tech deviennent les alliés de la politique monétaire. Le succès de l’Eco dépendra de la robustesse des infrastructures serveurs et de la cybersécurité régionale, un secteur où le Kenya et le Rwanda servent de modèles, mais où l’Afrique de l’Ouest doit encore accélérer.
V. Justice Libre et Sécurité des Investissements
Pour que l’Eco soit une monnaie de réserve crédible, elle doit être adossée à des institutions judiciaires fortes. Les investisseurs étrangers ne placeront leurs capitaux en Eco que s’ils ont la garantie que les contrats sont respectés et que la justice est indépendante des pouvoirs exécutifs.
La question de la sécurité est également intrinsèque. L’instabilité dans le Sahel pèse sur les budgets de défense du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, creusant les déficits et menaçant les critères de convergence. Une monnaie forte nécessite une région stable. L’Eco est donc, par essence, un projet de paix par l’économie.
VI. Conclusion : L’heure de vérité pour le leadership africain
L’Eco 2027 est bien plus qu’une affaire de banquiers centraux. C’est le test ultime du leadership ouest-africain. Réussir l’Eco, c’est offrir à la jeunesse africaine un espace économique de classe mondiale, capable de rivaliser avec l’Union Européenne ou l’ASEAN. Échouer, c’est condamner la région à une fragmentation monétaire qui ne profite qu’aux puissances extérieures.
AFRICANOVA.INFO suivra de près les conclusions du prochain sommet des chefs d’État à Accra en juin prochain. La route vers 2027 est semée d’embûches, mais l’ambition est à la mesure du continent : immense.

