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LA GUERRE DU SAHEL — L’AFFRONTEMENT INTER-DJIHADISTE POUR LE CONTRÔLE TOTAL DU SAHEL : UN TOURNANT HISTORIQUE ?

par Africanova
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La géographie politique du Sahel central traverse l’une des mutations les plus violentes et complexes de son histoire récente. Alors que les armées nationales de la région intensifient leurs efforts de reconquête territoriale et que les configurations partenariales se réorganisent à l’échelle internationale, la dynamique interne de la rébellion armée subit une rupture majeure. L’escalade militaire observée ces derniers mois ne relève plus seulement de l’affrontement classique entre les forces régulières et les groupes insurgés, mais d’une guerre fratricide et totale entre factions radicales rivales — principalement le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda) et la branche sahélienne de l’État islamique (EIGS). Ce basculement vers une confrontation hégémonique inter-djihadiste redéfinit la carte des souffrances des populations civiles et pose des questions stratégiques fondamentales sur l’avenir de la souveraineté étatique dans la bande sahélo-saharienne.

1. L’Anatomie d’une Rupture : De l’Alliance de Circonstance à la Guerre d’Hégémonie Territoriale

Pendant plus d’une décennie, l’expansion des mouvements radicaux armés au Mali, au Burkina Faso et au Niger s’est nourrie de compromis tactiques, de pactes de non-agression locaux et d’une porosité opportuniste entre réseaux criminels transfrontaliers et insurgés idéologiques. Cependant, à mesure que le contrôle des axes économiques, des mines d’or artisanales et des routes de contrebande est devenu une question de survie financière et logistique, les rivalités de commandement et les divergences doctrinales ont pris le dessus.

L’État islamique au Grand Sahara (EIGS), adoptant une posture territoriale rigide et exclusive inspirée de son modèle moyen-oriental, s’est heurté frontalement au GSIM, dont la stratégie s’appuie sur un enracinement communautaire plus progressif et une flexibilité tactique habilement négociée avec les populations locales. Les zones des Trois Frontières (entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso) sont ainsi devenues le théâtre d’affrontements d’une rare sauvagerie, où des milliers de combattants s’affrontent pour le contrôle des pâturages, des péages informels et des centres névralgiques du trafic d’or brut. Cette guerre d’usure bilatérale affaiblit considérablement les capacités opérationnelles globales des deux organisations, mais elle accroît dramatiquement la vulnérabilité des civils pris en étau.

2. L’Impact Géostratégique sur les États du Sahel et la Doctrine de Défense Nationale

Pour les gouvernements de transition et les forces armées nationales de la Confédération des États du Sahel (AES), cet affrontement inter-djihadiste est analysé avec une lucidité stratégique mêlée de prudence tactique. D’un côté, l’affaiblissement mutuel des groupes terroristes par le biais de leurs purges sanglantes et de leurs batailles rangées réduit temporairement leur capacité de projection conjointe contre les casernes militaires et les grands centres urbains. De l’autre, cette balkanisation de la violence complique la cartographie du renseignement militaire et multiplie les micro-conflits locaux où les milices d’autodéfense et les populations supplétives se trouvent embrigadées.

Les états-majors régionaux adaptent leurs doctrines de combat en privilégiant la guerre du renseignement électronique, l’utilisation ciblée de vecteurs aériens de précision et la sécurisation proactive des corridors d’approvisionnement économique. La reconquête des terres arables et des zones minières ne dépend plus seulement de l’action cinétique des forces régulières, mais de leur capacité à rétablir immédiatement l’administration civile, les services de santé et les infrastructures scolaires pour couper l’herbe sous le pied des recruteurs radicaux. La souveraineté de l’État ne se décrète pas par les armes seules ; elle se consolide par la réhabilitation du contrat social entre les populations rurales et les institutions républicaines.

3. Vers l’Épuisement du Radicalisme Armé ou la Mutation vers un Chaos Durable ?

La question centrale qui hante les diplomaties africaines et internationales est celle de l’issue de cette guerre inter-djihadiste. S’agit-il du chant du cygne d’une insurrection armée en voie d’autodestruction par implosion interne, ou assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau format de criminalité militarisée indéracinable ? L’histoire des conflits asymétriques montre que la défaite militaire des factions extrémistes doit impérativement s’accompagner d’une alternative socio-économique crédible pour la jeunesse sahélienne.

La mise en valeur des bassins fluviaux, l’investissement massif dans l’énergie solaire décentralisée, la régulation formelle de l’orpaillage artisanal et l’intégration des économies locales au sein du grand marché de la ZLECAF constituent les véritables antidotes structurels à l’idéologie du désespoir. Le tournant actuel du Sahel ne sera positif que si les États de la région parviennent à capitaliser sur cet affaiblissement mutuel des terroristes pour parachever leur reconquête territoriale et refonder un pacte panafricain de paix durable, affranchi des ingérences géopolitiques extérieures.

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