Face à la recomposition sécuritaire au Mali, au Niger et au Burkina Faso, l’Algérie cherche à préserver la stabilité de ses frontières sud tout en composant avec la souveraineté affirmée de l’AES.
I. Une Frontière Commune face à la Reconfiguration Sécuritaire
L’Algérie partage des milliers de kilomètres de frontières terrestres avec les pays du Sahel, en particulier le Mali et le Niger. Historiquement impliquée dans les médiations de paix régionales (notamment l’Accord d’Alger de 2015), la diplomatie algérienne fait face à une nouvelle donne géopolitique marquée par la création de l’Alliance des États du Sahel (AES).
La caducité des anciens accords bilatéraux et l’expulsion des forces étrangères dans le Sahel ont entraîné une période de frictions diplomatiques. Pour Alger, la stabilité des zones frontalières est une priorité sécuritaire absolue afin d’éviter la propagation de l’instabilité, du terrorisme et des trafics transfrontaliers.
Du côté des capitales de l’AES (Bamako, Niamey, Ouagadougou), la réaffirmation d’une souveraineté sans concession exige une redéfinition stricte des termes du partenariat avec le voisin septentrional.
II. Les Accords Historiques à l’Épreuve du Nouveau Paradigme Sahélien
Les divergences de doctrine sécuritaire ont temporairement grippé les canaux de communication traditionnels.
Les points de friction et de réalignement s’articulent autour de :
- Le Rôle des Médiations Externes : Les gouvernements de l’AES privilégiant désormais des résolutions internes directes sans intermédiaires régionaux.
- La Gestion des Flux Migratoires : La nécessité d’harmoniser le traitement des flux de transit pour éviter les crises humanitaires aux postes-frontières.
- La Sécurisation Économique des Zones Frontalières : Le risque de paralysie du commerce transfrontalier informel dont dépendent la subsistance des populations locales.
III. Le Retour Pragmatique à la Coopération Transfrontalière
Conscients de leur interdépendance géographique et culturelle, Alger et les États de l’AES s’engagent progressivement vers une normalisation pragmatique des relations de voisinage.

Les vecteurs de cette coopération renouvelée reposent sur des projets concrets :
- La Route Transsaharienne : L’aboutissement de cet axe routier reliant Alger à Lagos via le Niger pour stimuler les échanges commerciaux régionaux.
- Le Gazoduc Transsaharien (TSGP) : L’intérêt commun pour la concrétisation du projet de transport du gaz nigérian vers les marchés méditerranéens via le territoire algérien.
- Le Renseignement Sécuritaire Partagé : Le maintien de canaux opérationnels discrets entre les états-majors pour surveiller les mouvements des groupes armés non étatiques.
IV. Bâtir un Espace de Co-Prospérité Sahelo-Maghrébin
La géographie impose à l’Algérie et aux pays de l’AES un destin partagé. Le dépassement des susceptibilités diplomatiques temporaires est une condition nécessaire pour préserver la paix et le développement dans toute la bande sahélo-saharienne.
En réinventant leur cadre de concertation sur des bases d’égal à égal, Alger et les capitales de l’AES démontrent que les solutions aux crises régionales doivent émaner des acteurs locaux du continent.

