Un autre pilier de la fabrication de l’État fantôme réside dans l’imposition par l’extérieur du modèle constitutionnel fédéral. Pensé par les constitutionnalistes occidentaux comme le remède absolu à la dictature centralisatrice du passé, le fédéralisme somalien s’est transformé en un mécanisme de fragmentation permanente.
La création des États membres fédéraux (Puntland, Jubaland, Galmudug, Hirshabelle, Sud-Ouest) a institutionnalisé les rivalités claniques au lieu de les pacifier. Chaque entité régionale fonctionne comme un fief politique où le clan majoritaire local tente de maximiser sa captation des ressources et de l’aide internationale face au pouvoir central de Mogadiscio.
Cette architecture constitutionnelle artificielle engendre des conflits de compétences permanents sur le partage des revenus des ressources nationales et la gestion de la sécurité :
- Les forces armées somaliennes ne constituent pas une armée républicaine intégrée, mais une mosaïque de milices claniques dont la loyauté oscille entre les présidents de région, les chefs de guerre locaux et, en dernier ressort, le ministère de la Défense à Mogadiscio si les salaires internationaux sont versés.
- Les puissances régionales voisines (Kenya, Éthiopie) exploitent activement cette fragmentation constitutionnelle. Elles soutiennent divers États fédéraux périphériques pour créer des zones tampons sécuritaires à leurs frontières, contournant systématiquement l’autorité souveraine de Mogadiscio.

Le fédéralisme, loin d’être un outil de décentralisation démocratique, est devenu le vecteur d’une balkanisation politique où la souveraineté de l’État est diluée dans des luttes d’influence locales et régionales infinies, financées indirectement par les budgets de la coopération internationale.

