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Le multilatéralisme hors-sol face à la gouvernance parallèle d’Al-Shabaab

par Africanova
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Pendant que l’appareil d’État légitime s’auto-entretient dans les limites sécurisées de la capitale, la gestion concrète du territoire et des populations obéit à d’autres dynamiques. L’échec du state-building importé se matérialise par la résilience et l’efficacité institutionnelle du groupe terroriste Harakat al-Shabaab al-Mujahideen.

Si la rhétorique occidentale classe Al-Shabaab parmi les forces d’annihilations barbares, une analyse froide de leur structure montre qu’ils ont bâti un système de gouvernance parallèle bien plus rigoureux et prévisible que celui de l’État fantôme :

  • Une fiscalité institutionnalisée : Contrairement au GFS, incapable de lever l’impôt au-delà des taxes portuaires de Mogadiscio, Al-Shabaab a mis en place un système de collecte fiscale complexe (la Zakat) qui frappe les entreprises, les transports routiers et les exploitations agricoles, y compris dans les zones nominalement contrôlées par le gouvernement. Leur capacité de pénétration financière est telle qu’ils parviennent à taxer les importations dès leur arrivée au port de Mogadiscio, sous les yeux des autorités officielles.
  • Un appareil judiciaire prévisible : Dans un pays marqué par l’effondrement des codes juridiques civils et la corruption des magistrats d’État, les tribunaux islamiques mobiles d’Al-Shabaab sont fréquemment sollicités par les citoyens somaliens eux-mêmes, y compris les résidents de la capitale, pour régler des litiges fonciers ou commerciaux. La rapidité d’exécution des sentences et l’absence relative de corruption confèrent à ce système extralégal une légitimité fonctionnelle supérieure à celle des institutions parrainées par l’Occident.

La confrontation en Somalie ne se joue donc pas entre l’ordre et le chaos, mais entre deux modèles institutionnels concurrents : un État fantôme soutenu par le multilatéralisme international et un ordre théocratique autoritaire mais ancré dans la gestion matérielle des rapports de force locaux. L’aide internationale, en maintenant artificiellement en vie un gouvernement sans substance, empêche l’émergence d’une véritable alternative politique endogène qui pourrait contester la légitimité d’Al-Shabaab sur le terrain de la gouvernance civile.

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