Les relations économiques entre l’Union européenne et la République populaire de Chine traversent une zone de turbulences sans précédent. Ce lundi 29 juin 2026, le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, entame une visite officielle cruciale à Bruxelles pour y rencontrer les hauts responsables de la Commission européenne. Ce déplacement diplomatique de premier plan intervient dans un climat d’extrême tension, alors que le déficit commercial de l’UE vis-à-vis de Pékin a atteint le seuil historique et politiquement insoutenable d’un milliard d’euros par jour. Les deux blocs se trouvent désormais au bord d’une guerre commerciale ouverte, dont l’impact sur les chaînes d’approvisionnement mondiales pourrait être dévastateur.
Cette rencontre fait directement suite aux discussions fermes qui se sont tenues lors du récent sommet du G7 à Évian, où les dirigeants occidentaux ont affiché un front uni contre les pratiques commerciales jugées déloyales de la Chine. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, est chargé de mener les négociations pour le bloc européen. L’exécutif bruxellois, soutenu par des États membres pivots comme la France et l’Allemagne, reproche à Pékin d’inonder le marché unique de produits massivement subventionnés par les fonds publics chinois. Les secteurs de l’automobile électrique, des panneaux solaires, des éoliennes de nouvelle génération et des dispositifs médicaux avancés sont particulièrement ciblés par les enquêtes antidumping de la Commission européenne.
L’Europe a radicalement changé de posture économique au cours des derniers mois. Face au risque de désindustrialisation de ses territoires, l’Union européenne n’hésite plus à brandir l’arme tarifaire. De nouvelles réglementations sur les subventions étrangères applicables aux marchés publics européens sont entrées en vigueur, permettant de bloquer l’accès des entreprises d’État chinoises aux grands projets d’infrastructure du continent. Maros Sefcovic doit signifier clairement à son homologue chinois que si aucun engagement concret n’est pris par Pékin pour réduire ses capacités de surproduction structurelle et ouvrir réellement son marché intérieur aux entreprises européennes, l’UE déploiera dès cet été un arsenal de surtaxes douanières protectrices.

De son côté, la diplomatie chinoise cherche à désamorcer la crise tout en défendant fermement ses intérêts technologiques et commerciaux. Wang Wentao arrive à Bruxelles avec une stratégie mêlant propositions de compromis sectoriels et menaces voilées de rétorsion économique. Pékin qualifie les initiatives européennes de protectionnisme déguisé et de violation des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le ministre chinois devrait arguer que les performances des entreprises chinoises dans les technologies vertes découlent d’une avance technologique légitime et d’une concurrence interne féroce, et non des seules aides étatiques. Pour tenter d’infléchir la position européenne, la délégation chinoise pourrait proposer des accords de limitation volontaire des exportations dans certains secteurs sensibles ou s’engager à accroître les importations de produits agricoles et aéronautiques en provenance de l’UE.
Les enjeux de cette confrontation dépassent largement le cadre des simples barrières tarifaires. Une escalade des tensions commerciales entre les deux premières puissances économiques mondiales compliquerait considérablement les efforts de transition écologique à l’échelle de la planète. L’Europe dépend encore largement des terres rares et des composants de batteries raffinés en Chine pour mener à bien sa décarbonation industrielle. À l’inverse, l’économie chinoise, confrontée à un ralentissement de sa croissance interne et à des difficultés structurelles dans son secteur immobilier, ne peut se permettre de perdre l’accès au pouvoir d’achat du marché unique européen.
L’issue des discussions de Bruxelles dépendra de la capacité des deux délégations à tracer les contours d’un partenariat renouvelé, fondé sur la réciprocité réelle et la transparence des aides d’État. Les observateurs internationaux estiment que les prochaines vingt-quatre heures seront révélatrices de la trajectoire géopolitique de la fin de l’année 2026 : soit vers un compromis pragmatique préservant les échanges globaux, soit vers un durcissement des blocs économiques nationaux et régionaux, prélude à une fragmentation irréversible de la mondialisation.

