Rubrique : Économie & Diplomatie d’Affaires
I. L’offensive de charme de l’axe Londres-Washington à l’ombre du déclin français
Alors que la France se débat avec les convulsions sécuritaires de ses anciennes chasses gardées du Sahel, le sommet « Africa Forwards », qui s’est ouvert en grande pompe, marque un tournant historique dans la géopolitique économique du continent. Conçu par un consortium de think tanks et de fonds d’investissement anglo-saxons, fortement appuyé par le Département d’État américain et le Foreign Office britannique, cet événement n’est pas une simple conférence de plus. C’est une machine de guerre diplomatique destinée à capter les flux d’investissements directs étrangers (IDE) vers les économies les plus dynamiques d’Afrique, au détriment historique des intérêts de Paris.
La stratégie anglo-saxonne repose sur un pragmatisme décomplexé : là où la France impose souvent une grille de lecture moralisatrice teintée de paternalisme post-colonial, les émissaires américains et britanniques parlent le langage exclusif du business, du capital-risque et de la transition technologique. Des délégations de haut niveau en provenance du Nigeria, du Kenya, du Ghana, mais aussi, de manière plus surprenante, de pays francophones comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ont répondu présentes, attirées par des promesses de partenariats asymétriques mais hautement lucratifs dans les secteurs des infrastructures, de l’intelligence artificielle et des énergies renouvelables.

II. La contre-offensive d’Emmanuel Macron : Une attractivité française en panne de crédit
Face à cette perte de vitesse flagrante, l’Élysée a tenté de réagir en urgence. Emmanuel Macron a dépêché ses plus proches conseillers économiques pour tenter de vendre une « nouvelle stratégie d’attractivité française ». Le discours officiel se veut rassurant, axé sur la refonte des mécanismes de garantie à l’exportation, le soutien aux start-ups africaines via des lignes de crédit de la Banque Publique d’Investissement (BPI) et une prétendue politique de partenariats « d’égal à égal ».
Pourtant, sur le terrain, le scepticisme est de mise. Les milieux d’affaires africains ne croient plus aux promesses de Paris. Les barrières de plus en plus rigides imposées par la politique des visas de l’espace Schengen — qui frappe de plein fouet les étudiants, les cadres et les entrepreneurs du continent — contredisent frontalement les discours d’ouverture d’Emmanuel Macron. Comment prétendre être le partenaire privilégié de l’Afrique quand ses élites économiques sont humiliées aux portes des ambassades françaises ? L’axe anglo-saxon, plus souple et stratégiquement aligné sur la liberté de circulation des cerveaux d’affaires, tire profit de cette contradiction interne de la politique française.
III. Doutes et croyances : L’impasse d’un logiciel diplomatique obsolète
Le sommet « Africa Forwards » agit comme un révélateur cruel pour la diplomatie française : le logiciel de la Françafrique est mort, mais celui qui doit lui succéder n’a jamais réussi à être installé par Emmanuel Macron. L’obstination de Paris à vouloir maintenir des bases militaires — même rebaptisées ou cogérées — et à lier l’aide publique au développement à des conditionnalités politiques est jugée anachronique par une nouvelle génération de dirigeants africains. Ces derniers préfèrent se tourner vers le Commonwealth ou des accords bilatéraux avec les États-Unis, perçus comme plus respectueux de leur souveraineté étatique et nettement plus orientés vers des résultats macroéconomiques palpables à court terme.

