Rubrique : Analyse Diplomatique & Enquête
I. Le bouc émissaire permanent ou le coupable idéal ?
Dans la rhétorique officielle des autorités de transition sahéliennes, un nom revient comme une antienne obsessionnelle : la France. À chaque revers militaire, à chaque poussée des groupes djihadistes, les canaux de communication étatiques et les réseaux d’influence pro-gouvernementaux pointent du doigt la responsabilité de Paris. L’appareil d’État malien accuse ouvertement la France de fournir des renseignements satellitaires, voire un soutien logistique indirect aux mouvements rebelles du Nord dans le but cynique de déstabiliser le régime en place et de prouver l’échec de l’alternative russe.
Du côté du Quai d’Orsay, ces accusations sont balayées avec un mépris teinté d’agacement, qualifiées de « fake news » et de manipulations grossières issues de la guerre informationnelle menée par Moscou. Pourtant, au-delà de la propagande, la persistance de ce sentiment anti-français interroge sur les erreurs historiques d’une diplomatie hexagonale qui n’a jamais su faire son deuil de la Françafrique.
II. La théorie de la « terre brûlée » : Décryptage de la stratégie Macron
Parmi les intellectuels et les stratèges militaires du continent, une thèse prend de l’ampleur : celle de la politique de la « terre brûlée » indirectement menée par l’Élysée sous la présidence d’Emmanuel Macron. Selon cette grille de lecture, devant le constat de son éviction humiliante du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris aurait opté pour une posture de passivité malveillante. En coupant brutalement ses aides au développement, en gelant ses coopérations techniques et en usant de son veto au sein des institutions financières internationales pour asphyxier les économies du Sahel, la France appliquerait un châtiment collectif visant à rendre ces pays ingouvernables.
« Si l’Afrique de l’Ouest doit nous échapper, qu’elle devienne un chaos ingérable pour nos successeurs. » Cette formule, prêtée à voix basse à certains cercles de réflexion parisiens, résume le sentiment de dépit géopolitique d’une puissance qui voit son empire d’influence s’effondrer. En refusant de partager ses bases de données antiterroristes avec les armées de l’AES, la France est perçue comme un acteur favorisant objectivement le pourrissement de la situation sécuritaire.

III. Un calcul à court terme destructeur pour les intérêts français
Si la stratégie d’Emmanuel Macron consiste à attendre le nez à la fenêtre que les régimes militaires s’effondrent sous le poids de leurs propres contradictions et des attaques djihadistes, ce calcul comporte un risque majeur à long terme. En jouant la carte du pourrissement, la France détruit les derniers ponts de confiance qui la liaient aux futures générations d’intellectuels, d’entrepreneurs et de citoyens africains.
Le déni permanent de Paris face à la légitimité des aspirations souverainistes du Sud Global renforce l’idée d’une puissance arrogante, incapable d’évoluer. Même si les régimes militaires actuels venaient à tomber, les gouvernements qui leur succéderaient ne pourraient pas se permettre un retour au statu quo ante avec la France, sous peine d’être immédiatement lynchés par leur propre opinion publique. Emmanuel Macron semble sacrifier l’avenir des relations franco-africaines sur l’autel de la vengeance politique immédiate.

