L’ère du réalisme politique : Pourquoi Bamako et Alger sont condamnés à s’entendre
Par la Rédaction d’AFRICANOVA.INFO Mots-clés : Mali, Algérie, Sécurité frontalière, Coopération Sahel, AES, Accord d’Alger 2026, Lutte antiterroriste, Géopolitique africaine, Souveraineté.
Introduction : Le Mur de la Réalité
Depuis l’abrogation officielle des Accords d’Alger par Bamako en 2024, les relations entre le Mali et son voisin septentrional semblaient s’être figées dans un hiver diplomatique. Pourtant, en ce début d’année 2026, le constat est implacable : avec une frontière commune de 1 329 kilomètres traversant l’un des déserts les plus instables au monde, le silence n’est plus une option. La « politique réaliste » (Realpolitik) reprend ses droits. Ni le Mali ne peut sécuriser son Nord sans une coordination avec Alger, ni l’Algérie ne peut tolérer un sanctuaire djihadiste à ses portes sans mettre en péril sa propre sécurité nationale.
I. La Frontière des 1300 km : Un défi partagé, une menace commune
La frontière mali-algérienne n’est pas qu’une ligne sur une carte ; c’est un écosystème de trafics, de nomadisme et, malheureusement, de repli pour les groupes armés terroristes (GAT).
- L’enjeu géographique : Le triangle de Tin Zaouatine et les massifs de l’Adrar des Ifoghas sont des zones où la souveraineté est difficile à exercer sans un partage de renseignements en temps réel.
- Le retour du dialogue : Les canaux officieux n’ont jamais totalement rompu. En 2026, la nécessité de sécuriser les flux de marchandises et de contrer l’immigration clandestine force les deux capitales à une reprise de langue technique, loin des caméras.
II. Algérie : Vers la fin de la « Base Arrière » pour les Groupes Armés ?
L’une des accusations les plus lourdes de Bamako envers Alger était l’hébergement de figures de la rébellion et une certaine passivité face au repli des djihadistes.
- Le tournant d’Alger : Face à la montée en puissance de l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) et du JNIM, l’Algérie semble ajuster sa doctrine. Alger va-t-elle « couper la retraite » aux djihadistes ?
- Arguments : L’armée algérienne (ANP) a considérablement renforcé ses dispositifs de surveillance électronique et de drones le long de la frontière. L’objectif n’est plus seulement de protéger le territoire algérien, mais de créer une « zone tampon » où les groupes armés se retrouvent pris en étau entre les frappes maliennes (appuyées par l’AES) et le verrou algérien.

III. Les Bases d’un Nouveau Rapport de Force
Le Mali de 2026, membre pilier de la Confédération des États du Sahel (AES), ne discute plus avec l’Algérie dans la même posture qu’en 2015.
- La fin de la médiation paternelle : Alger doit accepter que le Mali soit maître de son propre agenda de réconciliation nationale (« Dialogue Inter-Maliens »).
- Le pragmatisme sécuritaire : Alger apporte son expertise en contre-terrorisme et sa logistique, tandis que Bamako apporte sa connaissance du terrain et sa mobilité accrue.
- Le dossier des réfugiés : La gestion des populations déplacées dans le Sud algérien devient un levier de coopération humanitaire et sécuritaire pour éviter l’infiltration de combattants.
IV. Enquête : La Pieuvre du Grand Sud, peut-on y échapper ?
L’enquête d’AFRICANOVA révèle que les réseaux mafieux de l’orpaillage clandestin et du trafic de carburant servent de « carburant financier » aux groupes terroristes. Coopérer signifie s’attaquer à cette économie souterraine. Alger et Bamako envisagent-ils des patrouilles conjointes ou, au moins, des « droits de poursuite » coordonnés ? En 2026, la question n’est plus taboue.
Conclusion : La Nécessité fait Loi
Le Mali et l’Algérie sont les deux poumons d’une même région. Si l’un s’asphyxie, l’autre s’essouffle. La reprise du dialogue, amorcée discrètement en ce mois de février, repose sur un contrat simple : Respect de la souveraineté malienne contre Garantie de non-exportation de l’instabilité. Pour AFRICANOVA, ce retour au réalisme est la seule voie pour transformer cette frontière de 1300 km d’une menace en un trait d’union économique.

