Par la Rédaction d’AFRICANOVA INFO Date : 22 Février 2026 Mots : ~1250
L’Éveil technologique du « Monde de la Majorité »
Le ciel de New Delhi, en ce mois de février 2026, est chargé d’une électricité qui n’a rien de météorologique. Sous les dômes de l’immense centre de conférences de Bharat Mandapam, une page de l’histoire technologique mondiale est en train de se tourner. Le Premier ministre indien, entouré des chefs d’État du Brésil, du Nigeria, de l’Indonésie et de l’Afrique du Sud, vient de proclamer la « Déclaration de Delhi sur l’Autonomie Algorithmique ».
Pendant des décennies, le monde a subi une binarité technologique étouffante : d’un côté, le capitalisme de surveillance de la Silicon Valley ; de l’autre, le contrôle social numérique de Pékin. Aujourd’hui, l’Inde propose une troisième voie. Ce n’est plus seulement une question de processeurs ou de serveurs, c’est une question de dignité culturelle et de survie économique pour le Sud Global.
La Fin du « Colonialisme des Données »
L’article de fond d’AFRICANOVA décortique le concept de colonialisme numérique. Jusqu’à présent, les nations africaines et asiatiques servaient de réservoirs de données brutes. Ces données étaient extraites gratuitement par les géants technologiques pour entraîner des modèles d’Intelligence Artificielle (IA) qui, en retour, étaient revendus sous forme de licences coûteuses aux pays d’origine.

L’Inde, forte de son succès avec l’interface de paiement unifiée (UPI) qui a révolutionné son économie informelle, transpose ce modèle à l’IA. Le projet « Bhasha-IA » est le fer de lance de cette offensive. Contrairement à ChatGPT ou Claude, qui pensent et structurent le monde selon des schémas anglo-saxons, Bhasha-IA intègre nativement les structures cognitives de 120 langues, dont le swahili, le yoruba et le wolof. L’enjeu est de taille : si l’IA de demain gère l’administration, la justice et la santé en Afrique, elle doit comprendre les nuances socioculturelles locales.
L’IA comme Infrastructure Publique Mondiale (DPI)
La rupture majeure de 2026 réside dans le passage de l’IA « Produit » à l’IA « Infrastructure ». Le sommet de Delhi a entériné la création d’un fonds de 50 milliards de dollars pour déployer des Infrastructures Publiques Numériques (DPI) dans 40 pays africains d’ici 2030.
L’idée, soutenue par les analyses de la BBC et du journal Le Temps, est de traiter l’IA comme l’électricité ou l’eau : une ressource de base que l’État doit garantir.
- Santé : Des algorithmes de diagnostic développés par des ingénieurs indiens et kényans permettent désormais de détecter des pathologies tropicales avec un simple smartphone, sans connexion internet permanente, grâce à l’IA frugale (Edge AI).
- Agriculture : La plateforme « Agri-Stack », partagée entre New Delhi et Abuja, utilise l’imagerie satellite pour conseiller les petits exploitants sur les cycles de récolte face au dérèglement climatique.
- Éducation : Des tuteurs IA personnalisés traduisent instantanément des concepts scientifiques complexes dans les dialectes locaux, brisant ainsi la barrière de la langue qui freine le développement du capital humain.
La Réaction des GAFAM et le Nouveau Rapport de Force
À San Francisco, l’inquiétude grandit. Ce bloc du Sud Global représente 70% de la croissance future des utilisateurs d’Internet. Si ces pays adoptent des standards « Open Source » et exigent la souveraineté des données (le stockage obligatoire des données sur le sol national), le modèle économique des géants américains s’effondre.

Le sommet de New Delhi a envoyé un message clair : l’accès aux marchés du Sud sera désormais conditionné à des transferts de technologie réels. Ce n’est plus une demande d’aide au développement, c’est une exigence de partenariat commercial équilibré. L’Afrique, par la voix du Nigeria, a rappelé que le continent ne sera plus un simple « terrain d’expérimentation » pour les versions bêta des technologies occidentales.
Conclusion : Vers une multipolarité numérique
En refermant ce dossier, les experts d’AFRICANOVA soulignent que 2026 restera l’année où la géopolitique a définitivement basculé dans le silicium. L’Inde, en se posant comme le porte-parole du Sud Global, redessine une carte du monde où les frontières ne sont plus tracées par la géographie, mais par la capacité à maîtriser son propre destin numérique.
Pour le lecteur de référence, l’enjeu est clair : investir dans la tech locale n’est plus un luxe, c’est l’acte de résistance le plus concret du XXIe siècle.

