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BRÉSIL ET COMMERCE MONDIAL — ENGRAIS, SOUVERAINETÉ AGRICOLE ET DIVERSIFICATION DES APPROVISIONNEMENTS EN INTRANTS AVEC L’AFRIQUE

par Africanova
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I. Le géant agricole sud-américain face à sa dépendance stratégique en intrants

Le Brésil, géant mondial de l’agrobusiness et premier exportateur mondial de soja, de viande bovine, de sucre et de café, accélère la mise en œuvre de son Plan National des Engrais visant à réduire sa vulnérabilité structurelle en matière d’intrants agricoles. La crise logistique mondiale et les tensions géopolitiques ayant affecté les approvisionnements traditionnels en provenance d’Europe de l’Est ont convaincu le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva de la nécessité absolue de sécuriser et de diversifier ses chaînes d’approvisionnement en phosphates, en potasse et en engrais azotés.

L’agriculture brésilienne, réputée pour sa très haute productivité sur les terres du Cerrado et des États du Mato Grosso, consomme des millions de tonnes d’engrais chaque année pour maintenir ses rendements céréaliers. Dépendre à plus de 80 % des importations d’intrants étrangers constitue un risque majeur pour la sécurité alimentaire nationale et pour la balance commerciale du pays, imposant à Brasilia la construction d’alliances commerciales Sud-Sud durables et affranchies des aléas diplomatiques du bloc Ouest-Est.

II. L’Afrique, partenaire incontournable de la sécurité alimentaire brésilienne

Dans cette quête stratégique de souveraineté agricole, l’Afrique s’impose comme le partenaire le plus naturel et le plus complémentaire du Brésil. Le continent africain détient plus de 70 % des réserves mondiales de roches phosphatées, portées notamment par le Maroc et le groupe OCP, ainsi que par d’importants gisements et usines de transformation en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Togo, Nigéria) et en Afrique du Nord (Algérie, Égypte).

Les négociations bilatérales intensives menées entre Brasilia, Rabat, Abuja et d’autres capitales africaines se concrétisent par des contrats d’approvisionnement stratégiques à long terme et par des projets d’investissements croisés :

  • Co-investissements dans des usines de mélange : Implantation d’unités de transformation et de formulation d’engrais sur-mesure directement dans les ports brésiliens pour approvisionner les régions agricoles de l’intérieur.
  • Transfert de technologies agronomiques : Le Brésil, via l’organisme de recherche Embrapa, transfère à ses partenaires africains ses technologies d’adaptation des cultures aux sols tropicaux et de gestion durable des sols.
  • Création de corridors maritimes directs : Optimisation des rotations de navires vraquiers entre les ports de l’Atlantique Sud pour réduire l’empreinte carbone et le coût du fret maritime.

III. Vers la consolidation d’un axe agro-industriel Atlantique Sud

Cette convergence d’intérêts économiques entre le Brésil et le continent africain illustre la montée en puissance des corridors commerciaux transatlantiques du Sud global. En unissant la puissance de production agricole brésilienne et la richesse minérale minérale africaine, cet axe souverain renforce la résilience des deux continents face aux chocs sur les marchés mondiaux des matières premières.

Cette alliance modèle démontre que la sécurité alimentaire mondiale de la deuxième moitié du XXIe siècle dépendra directement de la capacité de l’Afrique et de l’Amérique du Sud à co-construire une géopolitique agricole autonome et équitable.

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