La confrontation des grandes puissances au cœur des débats de l’ASEAN
Le sommet annuel des chefs d’État et de gouvernement de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui s’est ouvert en cette deuxième semaine d’octobre 2026, est dominé par une intensification marqué des rivalités géopolitiques entre la République populaire de Chine et les États-Unis. Au centre des débats se trouve la brûlante question de la souveraineté et de la liberté de navigation dans la Mer de Chine méridionale, un corridor maritime emprunté par plus du tiers du commerce marchand mondial et recelant d’importantes réserves gazières et halieutiques.
Les récentes manœuvres navales menées conjointement par la marine américaine et ses alliés régionaux – notamment le Japon, l’Australie et les Philippines – ont provoqué une vive réaction de la part du ministère chinois des Affaires étrangères à Pékin. La Chine, qui revendique la quasi-totalité de cette zone maritime au nom de droits historiques matérialisés par la « ligne en neuf traits », qualifie ces présences militaires étrangères de provocations directes menaçant la paix et la stabilité régionales.
Les pays de l’Asie du Sud-Est face au dilemme diplomatique
Pour les dix pays membres de l’ASEAN (incluant le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie, Singapour et les Philippines), l’enjeu consiste à préserver la neutralité du bloc tout en défendant fermement leurs zones économiques exclusives (ZEE) respectives conformément aux dispositions du Droit de la mer de l’ONU (CNUDM). Les diplomates asiatiques s’efforcent d’accélérer les négociations en vue d’adopter un « Code de conduite » (Code of Conduct) contraignant avec Pékin, visant à prévenir les incidents militaires fortuits et à pacifier les contentieux territoriaux en mer.

Toutefois, les divisions internes au sein de l’ASEAN entravent l’émergence d’une position parfaitement unanime. Tandis que des nations comme les Philippines et le Vietnam adoptent une ligne de fermeté face aux revendications et à la militarisation d’atolls par la Chine, d’autres États membres comme le Cambodge ou le Laos prônent un rapprochement stratégique et économique poussé avec Pékin, premier partenaire commercial de la région et principal investisseur dans les infrastructures de transport de la Nouvelle Route de la Soie.
Commerce mondial, routes stratégiques et prospective sécuritaire
L’impact de ces tensions dépasse largement le cadre régional asiatique. Les chaînes d’approvisionnement industrielles mondiales, l’approvisionnement énergétique des géants économiques asiatiques et le transport de marchandises à destination des marchés européens et africains dépendent directement de la sécurité des détroits de Malacca, de la Sonde et des passages maritimes de Mer de Chine. Toute altération de la liberté de circulation maritime engendrerait un choc économique immédiat sur les coûts de fret international.
Les déclarations attendues à l’issue du sommet de l’ASEAN serviront de baromètre à la communauté internationale. Washington et ses partenaires réaffirment leur engagement en faveur d’un espace Indo-Pacifique « libre et ouvert », tandis que Pékin appelle ses voisins sud-asiatiques à régler leurs différends par la voie bilatérale, sans ingérence extérieure. L’équilibre géopolitique mondial se joue désormais sur ces eaux stratégiques.

