Date d’édition : 16 août 2026
I. La Redéfinition de la Carte Énergétique Euro-Méditerranéenne
L’été 2026 concrétise une mutation historique des flux énergétiques entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Confrontée à l’obligation d’atteindre la neutralité carbone d’ici la fin de la décennie tout en garantissant son indépendance vis-à-vis des combustibles fossiles importés de régions instables, l’Union Européenne a jeté son dévolu sur l’immense potentiel renouvelable du Maghreb. Les pays d’Afrique du Nord — au premier rang desquels le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte — possèdent en effet des taux d’ensoleillement parmi les plus élevés au monde et des gisements d’énergie éolienne exceptionnels le long de leurs côtes atlantiques et méditerranéennes.
Cette proximité géographique immédiate offre une opportunité géopolitique unique : transformer la mer Méditerranée, autrefois perçue comme une frontière ou une zone de tensions migratoires, en un pont énergétique hautement intégré. Les investissements colossaux réalisés depuis le début des années 2020 portent désormais leurs fruits. Des mégaprojets d’infrastructures solaires et éoliennes, couplés à des unités de production d’hydrogène vert, sortent de terre dans les déserts nord-africains, redéfinissant les alliances industrielles entre le Nord et le Sud.
Ce nouveau paradigme énergétique repose sur un intérêt mutuel bien compris. L’Europe sécurise son approvisionnement en énergie propre et abordable pour faire tourner son industrie lourde décarbonée. En contrepartie, les nations de l’Afrique du Nord diversifient leurs économies, créent des dizaines de milliers d’emplois hautement qualifiés et s’imposent comme les nouveaux géants énergétiques du XXIe siècle.
II. L’Hydrogène Vert : Le Nouvel Or Liquide du Désert Nord-Africain
Au cœur de cette transition figure l’hydrogène vert, produit par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable. En 2026, l’hydrogène vert est devenu le vecteur énergétique privilégié pour décarboner les secteurs industriels difficiles à électrifier directement, tels que la sidérurgie, la chimie lourde, le ciment et le transport maritime ou aérien. Le Maroc et l’Algérie se sont hissés au rang de leaders mondiaux dans la chaîne de valeur de l’hydrogène vert.
Le Maroc, fort de son plan national de développement des énergies propres entamé il y a plus d’une décennie avec le complexe solaire de Noor, a inauguré en 2026 de nouvelles méga-usines d’ammoniac vert dans la région de Guelmim-Oued Noun. Cet ammoniac vert, facilement transportable par voie maritime, approvisionne désormais les géants européens de la chimie et de la fabrication d’engrais. De son côté, l’Algérie tire parti de son immense réseau de gazoducs existant, réaménagé et modernisé pour transporter des mélanges d’hydrogène et de gaz naturel, puis de l’hydrogène pur, directement vers les réseaux industriels italiens et allemands via le projet de corridor SoutH2 Corridor.
Toutefois, la production d’hydrogène vert soulève la question cruciale de la ressource en eau, l’électrolyse nécessitant de grands volumes d’eau douce. Pour éviter d’aggraver le stress hydrique qui touche déjà la région, l’ensemble des projets industriels d’hydrogène vert en Afrique du Nord est désormais impérativement couplé à des usines de dessalement d’eau de mer alimentées par des centrales solaires dédiées. L’eau douce produite sert non seulement à la fabrication de l’hydrogène, mais alimente également les villes côtières et l’irrigation agricole locale.

III. Les Mégaprojets d’Interconnexion Électrique Sous-Marine
Outre la molécule d’hydrogène, l’électricité verte circule désormais directement du sud vers le nord grâce à un réseau de câbles sous-marins à haute tension en courant continu (CCHT) qui traversent la Méditerranée. En 2026, plusieurs projets phares sont entrés en phase d’exploitation opérationnelle ou de finalisation construction :
- L’interconnexion Maroc-Royaume-Uni : Un réseau de câbles sous-marins reliant les immenses parcs éoliens et solaires du Sud marocain à la côte britannique, fournissant une électricité propre à plus de 7 millions de foyers outre-Manche.
- Le projet ELMED entre la Tunisie et l’Italie : Un câble sous-marin reliant le cap Bon à la Sicile, cofinancé par l’Union Européenne, transformant la Tunisie en un hub d’exportation électrique vers le marché unique européen.
- Le corridor Égypte-Grèce (GREGY) : Permettant de transporter 3 000 MW d’électricité renouvelable produite dans les déserts égyptiens vers le continent européen via l’archipel grec.
Ces autoroutes de l’électricité permettent de lisser la variabilité des productions solaires et éoliennes des deux côtés de la Méditerranée. Lorsque le soleil brille en Afrique du Nord, l’électricité excédentaire soutient le réseau européen ; inversement, lors des pics de production éolienne dans le nord de l’Europe, les flux peuvent être réorientés pour pomper l’eau des barrages ou charger les réseaux de stockage maghrébins.
IV. Souveraineté Industrialisation et Partage de la Valeur : Éviter les Écueils du Passé
Le principal défi de ce grand partenariat énergétique réside dans la répartition équitable de la valeur ajoutée. Les dirigeants nord-africains ont clairement signifié en 2026 qu’ils ne toléreraient pas un modèle « néo-extractiviste » où le Sud servirait uniquement de champ de panneaux solaires destinés à alimenter le confort industriel du Nord, tout en laissant les populations locales sans accès à une énergie bon marché.
Pour garantir un développement équilibré, les accords signés en 2026 imposent un taux d’intégration locale élevé dans tous les projets énergétiques. Les composants de centrales (panneaux photovoltaïques, structures d’ancrage, pales d’éoliennes, composants d’électrolyseurs) sont de plus en plus fabriqués dans des usines locales installées à Tanger, Oran, Bizerte ou Alexandrie. De plus, une quote-part importante de l’électricité verte produite reste réservée aux marchés domestiques afin d’accélérer la propre transition énergétique des pays du Maghreb et d’alimenter leur développement industriel intérieur.
En conclusion, la Géopolitique des Énergies Renouvelables en Méditerranée démontre en 2026 qu’une véritable transition écologique ne peut se faire dans le repli national. En unissant le potentiel solaire du Nord de l’Afrique et le capital technologique et financier de l’Europe, les deux rives de la Méditerranée construisent un espace de prospérité, de sécurité et de décarbonation partagée, devenant un modèle mondial d’intégration énergétique transcontinentale.

