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Mauritanie : Les paradoxes d’une transition sous tutelle militaire et l’héritage invisible des coutumes d’asservissement

par Africanova
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Par la rédaction d’Africanova
Série « Actualité, Immobilisme et Transitions bloquées » — Épisode 3

Introduction : Le verrou géopolitique du Sahel occidental

La Mauritanie occupe une position de charnière géographique et culturelle entre le monde arabo-berbère et l’Afrique subsaharienne. Souvent présentée par les chancelleries occidentales comme un pôle de stabilité et un allié stratégique dans la lutte contre le djihadisme au Sahel, la République islamique de Mauritanie dissimule derrière sa façade républicaine des structures sociopolitiques d’un conservatisme extrême. Le régime actuel, dirigé par Mohamed Ould Ghazouani, perpétue une tradition de contrôle militaire de l’appareil d’État tout en naviguant avec ambiguïté sur la question des structures féodales et des coutumes d’asservissement qui continuent de fracturer le corps social mauritanien.

1. La domination de l’oligarchie militaire et l’exclusion structurelle

Depuis le coup d’État fondateur de 1978, la Mauritanie est gouvernée de manière directe ou indirecte par un directoire militaire. Les alternances électorales récentes, bien que saluées formellement, n’ont été que des passages de témoin programmés entre généraux issus du même sérail sécuritaire. Cette domination militaire garantit le maintien au pouvoir de l’oligarchie des Maures mauves (Beydanis), qui contrôle les leviers politiques, l’armée et les grandes entreprises d’import-export du pays.

Cette configuration politique institutionnalise l’exclusion des populations mauritaniennes subsahariennes (Halpulaar, Soninké, Wolof) et surtout des Haratines (les Maures noirs). Malgré les discours officiels sur l’unité nationale et la modernisation des institutions, l’accès aux hautes fonctions de l’État, aux bourses universitaires et aux titres de propriété foncière reste dicté par une grille ethnoclanique rigide, bloquant toute dynamique d’émancipation démocratique pour la majorité de la population.

2. Le non-dit des coutumes d’asservissement : La glorification symbolique de l’esclavage

Le sujet le plus sensible et le plus révélateur de l’immobilisme mauritanien réside dans la persistance des pratiques et des mentalités liées à l’esclavage traditionnel. Bien que l’esclavage ait été officiellement aboli à plusieurs reprises (en 1981, puis criminalisé en 2007 et 2015), les structures coutumières d’asservissement de type féodal restent actives dans les zones rurales et au sein de certaines communautés traditionnelles.

Les organisations de défense des droits de l’homme, à l’instar de l’IRA-Mauritanie dirigée par Biram Dah Abeid, documentent régulièrement la persistance de cas d’esclavage par ascendance, où des individus naissent avec le statut de propriété de maîtres traditionnels. Plus grave encore, le pouvoir et les institutions religieuses conservatrices maintiennent une forme de glorification symbolique de ces hiérarchies anciennes à travers la jurisprudence religieuse locale (Fiqh de l’école malikite non réformé), qui légitime la subordination sociale. L’appareil judiciaire se montre structurellement rétif à condamner sévèrement les propriétaires d’esclaves, préférant intimider ou incarcérer les militants abolitionnistes sous couvert de préservation de l’ordre public ou d’atteinte au moral de la nation, illustrant la captivité des libertés face au poids des structures coutumières.

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