Par la rédaction d’Africanova
Série « Actualité, Immobilisme et Transitions bloquées » — Épisode 2
Introduction : L’impasse constitutionnelle d’un régime finissant
Le Cameroun, souvent qualifié d’« Afrique en miniature » en raison de sa diversité sociologique, traverse une crise politique silencieuse mais d’une gravité exceptionnelle. Dirigé depuis 1982 par Paul Biya, le pays est caractérisé par un phénomène d’absentéisme présidentiel et d’usure institutionnelle qui bloque l’ensemble des rouages étatiques. Alors que les textes constitutionnels camerounais prévoient formellement les mécanismes juridiques de la vacance du pouvoir et de l’organisation des scrutins, la réalité pratique montre une manipulation systématique de la légalité pour empêcher toute alternance démocratique réelle, maintenant le pays dans une incertitude géopolitique majeure.
1. La lettre de la loi face à la réalité de la gouvernance par procuration
Sur le plan juridique, la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 est claire : en cas de vacance de la présidence de la République par décès, démission ou empêchement définitif, les fonctions de président sont exercées par intérim par le président du Sénat jusqu’à l’organisation d’une élection présidentielle. Pourtant, la mise en œuvre de cette disposition est rendue impossible par la nature même du système de gouvernance mis en place à Yaoundé.
Le pouvoir est caractérisé par une « gouvernance par procuration » ou « par délégation de signature », où le secrétaire général de la présidence (SGPR) et une faction du cabinet civil exercent les prérogatives régaliennes au nom d’un chef d’État affaibli. Cette confiscation de la signature présidentielle crée un conflit de légitimité permanent entre la lettre de la Constitution et la puissance matérielle des réseaux informels du RDPC (parti au pouvoir). L’appareil judiciaire et le Conseil constitutionnel, totalement inféodés au pouvoir exécutif, se montrent incapables de constater l’empêchement réel, maintenant l’ordre institutionnel dans une fiction juridique permanente.

2. Les disputes de l’appareil et le piège des fractures régionales
L’incapacité à organiser une alternance apaisée réactive les lignes de fracture géopolitiques historiques du pays. Le système Biya s’est construit sur une politique subtile d’équilibre régional et de quotas ethniques (le « gouvernement des équilibres »). Face à la perspective de la fin de ce cycle, cet équilibre se rompt, laissant place à des affrontements violents entre les élites du Centre-Sud (le clan Bulu-Betis) qui souhaitent conserver le pouvoir, et les élites du Grand Nord ou de l’Ouest qui réclament un retour vers une alternance géographique.
Cette paralysie interne est aggravée par la persistance de la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’incapacité de l’État bloqué à proposer une réponse politique et décentralisée sincère à ces revendications a transformé une crise corporatiste en un conflit séparatiste de longue durée, démontrant que lorsque les mécanismes de l’alternance légitime sont verrouillés par le haut, la violence et la fragmentation territoriale deviennent les seuls exutoires possibles pour les périphéries marginalisées.

