La capitale économique ivoirienne est secouée par une affaire foncière d’une ampleur inédite. Le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan a officiellement ouvert une vaste enquête judiciaire visant à faire la lumière sur une série de démolitions opérées dans la commune de Koumassi. Cette procédure fait suite aux plaintes déposées par des dizaines de familles et de petits opérateurs économiques, brusquement expulsés de parcelles qu’ils affirment occuper en toute légalité.
Un réseau d’escroqueries sophistiqué
Les premiers éléments de l’enquête révèlent des ramifications complexes. Des réseaux d’intermédiaires indélicats, s’appuyant parfois sur de faux arrêtés de concession définitive (ACD) et des documents administratifs falsifiés, auraient revendu à plusieurs reprises les mêmes lots de terrain. L’affaire a pris une tournure dramatique lorsque des engins de chantier, escortés par des services de sécurité privés, ont procédé à la destruction de bâtiments résidentiels et commerciaux sans qu’un jugement exécutoire n’ait été formellement signifié aux occupants.

La réaction des autorités judiciaires se veut ferme. Les enquêteurs de la police économique et du ministère du Logement passent actuellement au crible les registres fonciers pour identifier les complicités internes et externes qui ont rendu ces spoliations possibles. Pour les observateurs interrogés par notre rédaction, ce dossier met en exergue l’impératif de sécurisation des transactions immobilières et la nécessité d’une transparence absolue dans la gestion du domaine urbain à Abidjan.
L’exigence de réparation
Sur le terrain, la détresse des sinistrés se double d’une forte demande de justice. Les collectifs de victimes se structurent pour réclamer non seulement des indemnisations à la hauteur des préjudices subis, mais aussi des garanties claires sur le respect du droit de propriété. Le dénouement de cette affaire est attendu comme un signal fort de la part de l’appareil judiciaire ivoirien dans sa lutte contre l’impunité foncière.

