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Tribune • Une vue du passé pour éclairer l’avenir : Regards sur la relation France-Afrique

par Africanova
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Par Maître Oyono Pericat

Introduction : Le devoir de lucidité historique

Regarder le présent en face exige parfois de plonger ses yeux dans le miroir du passé. Les soubresauts géopolitiques qui ébranlent aujourd’hui les capitales africaines et redéfinissent nos liens avec l’ancienne puissance tutélaire ne sont pas des événements spontanés, mais les fruits mûrs d’une histoire mal digérée. Pour comprendre pourquoi l’architecture de la Françafrique s’effondre sous nos yeux en cette année 2026, il convient de détricoter les fils juridiques, politiques et mémoriels tissés au moment des indépendances nominales des années 1960. C’est à cette seule condition, par une vue claire du passé, que nous pourrons éclairer l’avenir et poser les fondations d’une liberté réelle pour les générations futures.

Les indépendances sous séquestre : Le piège des accords secrets

Le nœud gordien de la relation franco-africaine réside dans la nature même de la décolonisation opérée par Paris. L’accès à la souveraineté internationale des États africains francophones s’est accompagné de la signature d’accords de coopération technique, militaire et financière qui ont, dès l’origine, placé ces nouvelles républiques sous séquestre.

En tant que juriste, l’analyse de ces traités révèle leur caractère léonin :

  • La priorité sur les matières premières : L’obligation faite aux États africains de réserver l’exclusivité de la vente de leurs ressources stratégiques (uranium, pétrole, minerais rares) aux entreprises françaises.
  • La tutelle monétaire : Le mécanisme du Franc CFA, avec le dépôt obligatoire d’une partie des réserves de change auprès du Trésor français, castrant toute velléité de politique monétaire autonome.
  • Les clauses de défense : Un droit d’ingérence militaire automatique permettant à Paris d’intervenir pour maintenir ou renverser des régimes selon ses intérêts propres.

Ce péché originel a transformé les dirigeants africains de l’époque en gérants d’un domaine colonial modernisé plutôt qu’en chefs d’États souverains.

Le réveil mémoriel : La fin du grand récit colonial

Pendant des décennies, la pérennité de ce système a reposé sur le silence, la complicité des élites et un récit historique biaisé qui présentait la colonisation et la coopération comme des entreprises purement civilisatrices et bienveillantes. Ce grand récit a vécu. Le travail minutieux des historiens africains, combiné à l’accès universel à l’information, a permis une réappropriation de la mémoire historique par les citoyens du continent.

Aujourd’hui, les massacres occultés, les assassinats politiques des pères fondateurs du panafricanisme (tels que Ruben Um Nyobè ou Barthélemy Boganda), et les complots économiques pour briser les monnaies alternatives de l’époque sont connus de tous. Ce réveil mémoriel interdit désormais aux dirigeants actuels toute complaisance. La jeunesse africaine n’accepte plus les faux-semblants ; elle exige une réparation juridique et historique, matérialisée par la dénonciation unilatérale des traités obsolètes.

Du ressentiment à la reconstruction d’une égalité juridique

L’objectif de cette analyse n’est pas de s’enfermer dans un ressentiment stérile vis-à-vis de l’Occident. Le passé doit être un levier, non une prison. La rupture à laquelle nous assistons est salutaire car elle permet enfin de nettoyer les scories juridiques du passé pour reconstruire des relations internationales basées sur le droit commun et l’égalité stricte des États.

Les nations africaines ne demandent pas la charité, elles exigent le respect de leur souveraineté :

  1. Le libre choix des partenaires : Conclure des alliances commerciales et sécuritaires sans avoir à en référer à une capitale européenne.
  2. La souveraineté monétaire complète : Gérer leurs propres devises et leurs politiques de crédit en fonction de leurs réalités économiques nationales.

Conclusion : L’écriture d’une page blanche

La relation France-Afrique est arrivée au bout de son cycle historique. La page coloniale et postcoloniale se tourne définitivement, non pas par la volonté de Paris, mais par la force de l’histoire et la détermination des peuples africains. C’est sur une page blanche, débarrassée des impensés et des privilèges d’un autre âge, que s’écriront les coopérations de demain. Un avenir où l’Afrique, forte de sa mémoire restaurée, s’adresse au monde d’égal à égal.

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