Chronique d’une Gérontocratie à Bout de Souffle : Le Crépuscule du « Sphinx »
L’Atmosphère de Fin de Règne
Au matin de ce 1er mars 2026, le Palais de l’Unité à Yaoundé semble figé dans une éternité de marbre. Paul Biya, 93 ans, dont 43 passés à la tête de l’État, incarne aujourd’hui le record mondial de longévité politique, mais aussi le plus grand saut vers l’inconnu pour 30 millions de Camerounais. La célébration de son dernier anniversaire a laissé transparaître une vérité que les communiqués officiels ne peuvent plus masquer : le pouvoir n’est plus exercé, il est « conservé ».
I. L’Architecture du Vide : Gouverner par l’Absence
Le Cameroun de 2026 fonctionne par inertie. Le concept de « délégation de signature » est devenu le pilier central de l’État. En l’absence de conseils des ministres réguliers, la présidence est devenue une nébuleuse où les décrets sont rares et les « instructions présidentielles » portées par le Secrétaire Général de la Présidence de la République (SGPR) font office de loi.
- La Paralysie Administrative : Les investisseurs directs étrangers (IDE) sont en chute libre. Pourquoi investir dans un pays où une décision stratégique peut attendre six mois pour être paraphée ? Le port de Kribi et les barrages de Nachtigal tournent à plein régime, mais le climat des affaires est pollué par l’attentisme.
- Le Fossé Générationnel : 75% de la population a moins de 30 ans. Pour cette jeunesse, Paul Biya est une figure historique, presque mythologique, mais totalement déconnectée des enjeux du Web 3.0, de l’IA et de l’inflation galopante. Le contrat social est rompu : la gérontocratie demande de l’obéissance là où la jeunesse exige du travail et de la connectivité.

II. La Guerre des Clans : Le Scénario de la Collision
La succession n’est plus un sujet tabou, c’est une guerre de tranchées feutrée.
- Le Clan de la Continuité : Porté par les réseaux « Frankistes », il mise sur l’héritier biologique, Frank Biya. L’idée est d’assurer une transition dynastique à la togolaise ou à la gabonaise (avant le coup d’État). Ce clan bénéficie du soutien d’une partie de la vieille garde qui craint pour ses privilèges.
- L’Appareil d’État : Autour de Ferdinand Ngoh Ngoh, une élite administrative tient les cordons de la bourse et de la gendarmerie. Ils se présentent comme les garants des institutions, mais leur légitimité populaire est quasi nulle.
- L’Armée, l’Arbitre Muet : C’est la grande inconnue. Le BIR (Bataillon d’Intervention Rapide) est l’unité la mieux équipée, mais sa loyauté est divisée. Si la rue s’embrase au décès du président, l’armée pourrait être tentée de « siffler la fin de la récréation » pour éviter une guerre civile.
III. Les Plaies Ouvertes : NOSO et Crise Sociale
On ne peut parler du Cameroun de 2026 sans évoquer le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO). Le silence de Biya sur cette crise est interprété comme un aveu d’impuissance. Les séparatistes ambazoniens profitent de la paralysie à Yaoundé pour durcir leurs positions. Sans un leadership renouvelé capable de proposer un véritable fédéralisme ou une décentralisation sincère, le Cameroun risque l’amputation.

