Bamako, Mali – Cinq ans après le retrait des forces françaises, la situation sécuritaire au Sahel reste préoccupante. Les groupes djihadistes continuent de semer la terreur, mettant à l’épreuve les capacités des États de la région à protéger leurs populations.
Une menace qui s’étend
« La menace djihadiste s’est déplacée mais n’a pas disparu », affirme Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’Études de Sécurité (ISS) à Bamako. Les attaques se multiplient dans le centre du Mali, le nord du Burkina Faso et l’ouest du Niger.
Plus inquiétant encore, le phénomène s’étend vers les pays côtiers. Le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire ont connu des incursions djihadistes en 2024.
Des États en difficulté
Malgré des efforts militaires conséquents, les gouvernements peinent à reprendre le contrôle des zones touchées. Au Burkina Faso, près de 20% du territoire échappe toujours à l’autorité de l’État.
« Nous faisons face à un ennemi adaptable et résilient », reconnaît le général Oumarou Namata, commandant de la force conjointe du G5 Sahel. « La solution ne peut être uniquement militaire. »
Des approches divergentes
La stratégie de lutte contre le djihadisme divise la région :
- Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, sortis de la CEDEAO, misent sur une coopération militaire renforcée avec la Russie.
- Le Sénégal et la Côte d’Ivoire privilégient une approche plus globale, alliant sécurité et développement.
Cette division complique la coordination régionale, pourtant cruciale face à une menace transfrontalière.
L’impact humanitaire
Les populations civiles paient le prix fort de cette insécurité persistante. Selon l’ONU, plus de 4 millions de personnes sont déplacées dans la région.
« La crise sécuritaire aggrave une situation humanitaire déjà fragile », alerte Mabingue Ngom, directeur régional du PAM pour l’Afrique de l’Ouest. « L’insécurité alimentaire atteint des niveaux alarmants. »
Quelles perspectives ?
Face à ce constat, des voix s’élèvent pour appeler à un changement d’approche. « Il faut investir massivement dans le développement et la gouvernance des zones fragiles », plaide Aminata Touré, ancienne Première ministre sénégalaise.
Certaines initiatives locales, comme les accords de paix intercommunautaires au centre du Mali, offrent des lueurs d’espoir. Mais sans une stratégie régionale cohérente et un engagement international renouvelé, le Sahel risque de rester enlisé dans une spirale de violence aux conséquences dévastatrices pour toute l’Afrique de l’Ouest.