LE CAIRE, Égypte – L’Afrique connaît la plus forte croissance urbaine au monde. D’ici 2050, la population urbaine du continent devrait tripler, passant de 548 millions en 2018 à 1,5 milliard d’habitants. Cette urbanisation rapide présente à la fois des opportunités uniques et des défis considérables pour les villes africaines.
Une croissance urbaine sans précédent
« Chaque jour, les villes africaines accueillent près de 40 000 nouveaux habitants », révèle Maimunah Mohd Sharif, Directrice exécutive d’ONU-Habitat, lors du Forum urbain africain au Caire. Cette croissance explosive est alimentée par l’exode rural et la croissance démographique naturelle.
Les mégapoles comme Lagos, Le Caire ou Kinshasa continuent de s’étendre, mais ce sont les villes secondaires qui connaissent la croissance la plus rapide. « Des villes comme Ouagadougou, Kampala ou Dar es Salaam pourraient doubler leur population d’ici 2035 », prévient Robert Muggah, spécialiste de l’urbanisation à l’Institut Igarapé.
Les défis de l’urbanisation rapide
Cette croissance urbaine pose de nombreux défis :
- Infrastructures insuffisantes: De nombreuses villes peinent à fournir les services de base (eau, électricité, assainissement) à leurs habitants.
- Logements précaires: Plus de 60% des citadins africains vivent dans des bidonvilles.
- Congestion et pollution: Les embouteillages et la pollution de l’air atteignent des niveaux critiques dans de nombreuses métropoles.
- Chômage urbain: Les villes ne créent pas suffisamment d’emplois pour absorber l’afflux de nouveaux arrivants.
« Nous sommes dans une course contre la montre pour rendre nos villes vivables », admet Rose Molokoane, coordinatrice de Slum Dwellers International en Afrique du Sud.
Des solutions innovantes émergent
Face à ces défis, de nombreuses villes africaines innovent :
- Planification urbaine participative: À Dakar, le projet « Ville pour tous » implique les habitants dans la conception des espaces publics.
- Technologies vertes: Addis-Abeba construit le premier système de tramway électrique d’Afrique subsaharienne.
- Économie circulaire: Le projet « Waste to Wealth » à Lagos transforme les déchets en opportunités économiques.
- Logements abordables: Le Kenya a lancé un ambitieux programme de construction de 500 000 logements sociaux.
« L’Afrique a l’opportunité de concevoir des villes durables et inclusives dès le départ », souligne Yvonne Aki-Sawyerr, maire de Freetown en Sierra Leone.
L’urbanisation comme moteur de développement
Malgré les défis, l’urbanisation offre de réelles opportunités :
- Croissance économique: Les villes génèrent plus de 70% du PIB africain.
- Innovation: Les hubs technologiques urbains stimulent l’entrepreneuriat.
- Accès aux services: La concentration urbaine facilite la fourniture de services de santé et d’éducation.
- Transition démographique: L’urbanisation contribue à la baisse du taux de fécondité.
« Bien gérée, l’urbanisation peut être un puissant moteur de transformation structurelle pour l’Afrique », affirme Carlos Lopes, ancien Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique.
Le rôle crucial des gouvernements locaux
La gestion de cette croissance urbaine repose en grande partie sur les autorités locales. « Nous avons besoin d’une décentralisation effective et de ressources adéquates pour relever ces défis », plaide Uhuru Kenyatta, président de l’Association des gouvernements locaux d’Afrique de l’Est.
Plusieurs pays, comme le Rwanda et l’Éthiopie, ont mis en place des politiques nationales d’urbanisation pour soutenir leurs villes.
Perspectives d’avenir
Alors que l’Afrique s’urbanise à un rythme sans précédent, l’avenir du continent se jouera largement dans ses villes. « La façon dont nous gérons cette transition urbaine déterminera notre capacité à atteindre les Objectifs de développement durable », conclut Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement.
L’urbanisation africaine représente à la fois un défi colossal et une opportunité unique de repenser le développement du continent. De la réussite de cette transition urbaine dépendra en grande partie l’avenir économique, social et environnemental de l’Afrique.
dans les années à venir. De la capacité des pays à trouver un équilibre entre financement du développement et soutenabilité de la dette dépendra en grande partie l’avenir économique du continent.