ADDIS-ABEBA, Éthiopie – L’économie africaine montre des signes encourageants de reprise en 2025, malgré un contexte mondial toujours incertain. Selon les dernières projections de la Banque africaine de développement et des Nations Unies, le continent devrait connaître une croissance de son PIB réel de 4,1% cette année, en hausse par rapport aux 3,7% enregistrés en 2024.
Une reprise inégale
Cette reprise reste cependant inégale selon les régions et les pays. « Près de la moitié des pays du continent devraient connaître une croissance supérieure à 5% en 2025 », souligne Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement1. Parmi les économies les plus dynamiques, on retrouve Djibouti, le Niger, le Rwanda, le Sénégal et le Soudan du Sud.
L’Afrique de l’Est continue de tirer la croissance continentale, tandis que d’autres régions font face à des défis spécifiques. L’Afrique centrale, par exemple, pâtit de la stagnation de sa production pétrolière et de l’instabilité politique persistante dans certains pays3.
Les moteurs de la croissance
Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique positive :
- La baisse de l’inflation : Le taux d’inflation moyen devrait diminuer à 12,6% en 2025, contre 18,6% en 20241.
- L’amélioration des conditions financières mondiales : Cela devrait favoriser le retour des investissements étrangers, notamment dans les infrastructures et l’énergie6.
- La mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) : Cette initiative devrait stimuler le commerce intra-africain et la diversification économique3.
- La reprise de la consommation privée et de l’investissement dans de nombreux pays, stimulée par la réduction des taux directeurs6.
Des défis persistants
Malgré ces perspectives encourageantes, l’Afrique reste confrontée à des défis majeurs :
- Une croissance insuffisante : Le taux de 4,1% reste inférieur au seuil de 7% nécessaire pour réduire significativement la pauvreté1.
- Le poids de la dette : Neuf pays africains sont en situation de surendettement et onze présentent un risque élevé1.
- Les vulnérabilités climatiques : Les catastrophes naturelles continuent d’affecter la production agricole et énergétique dans plusieurs régions1.
- L’instabilité politique : Les conflits prolongés dans le Sahel et la Corne de l’Afrique pèsent sur les perspectives économiques1.
Des réformes nécessaires
Face à ces défis, les experts appellent à des réformes structurelles :
- Renforcement de la stabilité financière : « Une restructuration préventive de la dette est nécessaire pour certains pays », estime Carlos Lopes, économiste à la Commission économique pour l’Afrique1.
- Diversification économique : L’investissement dans des infrastructures intégrées est crucial pour réduire la dépendance aux matières premières1.
- Amélioration du climat des affaires : Des réformes réglementaires et de nouvelles stratégies d’investissement sont recommandées1.
Perspectives pour 2026
Les projections pour 2026 sont encore plus optimistes, avec une croissance continentale attendue à 4,4%1. Cependant, ces prévisions restent soumises à de nombreuses incertitudes, notamment l’évolution de la situation géopolitique mondiale et la capacité des pays africains à mettre en œuvre les réformes nécessaires.
« L’Afrique a le potentiel de devenir un moteur de la croissance mondiale », conclut Vera Songwe, ancienne secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique. « Mais cela nécessite des investissements massifs dans le capital humain et les infrastructures, ainsi qu’une intégration régionale renforcée. »
Alors que le continent célèbre cette année le 10e anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat et des Objectifs de développement durable, la croissance économique de 2025 apparaît comme un test crucial pour l’Afrique. Elle devra démontrer sa capacité à concilier reprise économique, développement durable et réduction des inégalités.